BTS 2027 • Culture générale et expression • Le vrai du faux
Collection : Le vrai du faux — Épisode 5
⏱️ Temps de lecture : 8 minutes
Rôles sociaux, identité, Truman Show, souvenirs et avatars : supprimer tout faux rendrait-il notre vie plus vraie… ou simplement impossible ?
Nous jouons des rôles, nous reconstruisons nos souvenirs et nous choisissons l’image que nous donnons de nous-mêmes.
Faut-il y voir du faux — ou une condition ordinaire de la vie sociale ?
Depuis le début de la série Le vrai du faux, nous avons rencontré l’erreur, la rumeur, la propagande, la fiction, la copie, l’imposture et les contenus artificiels.
Une conclusion commence pourtant à apparaître : tout ce qui n’est pas strictement identique au réel n’est pas nécessairement un mensonge.
Une photographie cadre. Un récit sélectionne. Un souvenir participe à la reconstruction de notre histoire personnelle. Une personne adapte son langage à la situation. Un avatar représente quelqu’un sans le reproduire exactement.
La vraie difficulté n’est donc peut-être pas de supprimer toute forme de faux, mais de comprendre quelle relation une représentation entretient avec le réel.
◀ Épisode précédent : Pourquoi fabriquons-nous du faux ?
🎯 La problématique
Peut-on réellement vivre sans faux, ou certaines formes de représentation sont-elles indispensables pour vivre avec les autres et construire notre identité ?
1. Vivre en société, est-ce jouer un rôle ?
Nous ne parlons pas exactement de la même manière à un professeur, à un ami, à un collègue ou à un membre de notre famille.
Nous adaptons notre vocabulaire, nos gestes, notre tenue et parfois les émotions que nous montrons.
Le sociologue Erving Goffman analyse les interactions sociales à travers une métaphore théâtrale.
Dans The Presentation of Self in Everyday Life (1956), traduit en français sous le titre La Mise en scène de la vie quotidienne, il montre que les individus cherchent notamment à contrôler l’impression qu’ils produisent dans leurs interactions.
Cela ne signifie pas que nous mentons en permanence.
Un rôle social constitue une manière d’agir avec les autres dans une situation déterminée.
Changer de registre de langue devant un professeur ne supprime donc pas notre identité : cela montre qu’une même personne peut adopter plusieurs manières de se présenter.
📚 Référence — Erving Goffman
Erving Goffman, The Presentation of Self in Everyday Life, 1956 ; La Mise en scène de la vie quotidienne. 1. La Présentation de soi, Éditions de Minuit, 1973.
RÔLE SOCIAL ≠ MENSONGE
2. Pirandello : sommes-nous la même personne pour tout le monde ?
Luigi Pirandello radicalise cette interrogation dans Uno, nessuno e centomila — Un, personne et cent mille — publié en 1926.
Son personnage découvre progressivement que les autres ne le perçoivent pas comme lui-même se perçoit.
À chaque relation correspond une image différente de lui.

Dès lors, où se trouve le « vrai moi » ?
Dans l’image que nous avons de nous-mêmes ? Dans celle de notre famille ? Dans notre identité professionnelle ? Dans notre profil numérique ?
Pirandello fragilise ainsi l’idée d’un individu qui posséderait une image unique, stable et parfaitement indépendante du regard des autres.
UN MOI ≠ UNE SEULE IMAGE
3. Quand la représentation devient-elle tromperie ?
Peter Weir transforme cette interrogation en expérience cinématographique dans The Truman Show (1998).
Truman vit depuis sa naissance dans un environnement artificiellement organisé.
Sa ville paraît réelle. Ses relations paraissent authentiques. Son quotidien possède toutes les apparences d’une vie ordinaire.
Pourtant, les personnes qui l’entourent jouent des rôles qu’il ignore.
Or le cinéma et le théâtre fabriquent eux aussi des mondes.
Quelle est alors la différence ?
Truman ne connaît pas la règle du jeu.
Le spectateur d’un film sait qu’il regarde une fiction. Truman, lui, croit vivre dans la réalité.
La frontière décisive passe donc moins entre « naturel » et « fabriqué » qu’entre représentation connue et fabrication dissimulée.
REPRÉSENTATION ≠ RÉEL
MISE EN SCÈNE + DISSIMULATION = TROMPERIE
4. Baudrillard : quand les représentations prennent leur autonomie
Cette réflexion peut être prolongée par Jean Baudrillard et Simulacres et Simulation (1981).
La notion de simulacre permet d’interroger des représentations qui ne se contentent plus de renvoyer simplement à une réalité extérieure, mais constituent des systèmes de signes qui acquièrent leur propre cohérence.
Retenons surtout la question qu’elle permet de poser :
Que se passe-t-il lorsque nous finissons par oublier que ce que nous regardons est une construction ?
Réseaux sociaux, publicités, univers de marques ou environnements numériques proposent quotidiennement des représentations organisées du réel.
Le problème n’est pas qu’elles soient construites.
Toute représentation sélectionne et organise.
Le problème apparaît lorsqu’une construction cherche à effacer son propre statut pour être prise pour la réalité elle-même.
5. Même nos souvenirs sont-ils des copies fidèles du passé ?
Nous pourrions chercher un dernier refuge du vrai dans notre mémoire.
Pourtant, la mémoire autobiographique n’est pas assimilable à un enregistrement vidéo intact.
La neuropsychologue Liliann Manning, dans Le self. Normalité et pathologie (2016), étudie notamment les relations entre mémoire de soi, mémoire autobiographique et sentiment de continuité personnelle.
Nos souvenirs contribuent ainsi à la construction du récit que nous produisons sur nous-mêmes.
Dire qu’un souvenir participe à une reconstruction ne signifie pas qu’il est automatiquement faux.
Se souvenir n’est pas relire un fichier parfaitement conservé.
📚 Référence — Liliann Manning
Liliann Manning, Le self. Normalité et pathologie, Armand Colin, 2016, chap. 4 : « Sens du self et mémoire de soi ».
SOUVENIR ≠ ENREGISTREMENT
6. Un avatar est-il une fausse personne ?
La réalité virtuelle rend cette question particulièrement concrète.
Dans un environnement immersif, notre corps peut être représenté par un avatar différent de notre apparence physique.
Une synthèse scientifique publiée en 2026 par Vasudha Vasudha et Shalini Choudhary étudie la manière dont l’incarnation virtuelle peut, dans certaines conditions, influencer l’expérience du corps et du soi.
L’avatar n’est donc pas nécessairement un simple costume numérique.
Il peut devenir une manière d’expérimenter une représentation de soi.
Ces recherches doivent néanmoins être utilisées avec prudence : le champ demeure méthodologiquement hétérogène et nécessite encore des études à long terme.
AVATAR ≠ SIMPLE DÉGUISEMENT
7. Quelque chose de « faux » peut-il produire des effets vrais ?
Nous retrouvons maintenant le paradoxe central du thème.
Un rôle social n’est pas notre identité entière, mais il produit des effets réels dans nos relations.
Un souvenir n’est pas un enregistrement parfait, mais il participe réellement à notre identité.
Un avatar n’est pas notre corps biologique, mais il peut influencer notre expérience.
Une fiction n’est pas un événement réel, mais elle peut modifier notre compréhension du monde.
Cela oblige à distinguer deux questions :
EST-CE UNE REPRÉSENTATION ?
CHERCHE-T-ON À ME TROMPER SUR SON STATUT ?
Ce n’est pas la même chose.
✅ Peut-on finalement vivre sans faux ?
Tout dépend de ce que nous appelons « faux ».
Si le faux désigne tout ce qui n’est pas identique à la réalité, vivre sans faux paraît presque impossible.
Nous passons constamment par les mots, les images, les récits, les souvenirs, les rôles sociaux, les avatars et les représentations.
Mais si le faux désigne une fabrication volontairement présentée comme vraie afin de tromper, alors la distinction devient essentielle.
Une fiction annoncée comme fiction n’est pas une escroquerie.
Un rôle social n’est pas nécessairement un mensonge.
Un avatar n’est pas nécessairement une fausse identité.
Un souvenir reconstruit n’est pas automatiquement un faux souvenir.
Le danger commence lorsque nous ne savons plus à quoi nous avons affaire.
🧠 À retenir pour le BTS
RÔLE ≠ MENSONGE
IDENTITÉ ≠ IMAGE UNIQUE
REPRÉSENTATION ≠ RÉEL
SOUVENIR ≠ ENREGISTREMENT
FABRICATION ≠ FORCÉMENT TROMPERIE
✏️ Autoévaluation
- Pourquoi Goffman utilise-t-il la métaphore de la mise en scène pour étudier les interactions sociales ?
- Que montre Pirandello sur l’unité de l’identité ?
- Qu’est-ce qui transforme la mise en scène de The Truman Show en tromperie ?
- Pourquoi un souvenir reconstruit n’est-il pas nécessairement un souvenir faux ?
- En quoi un avatar peut-il être autre chose qu’un déguisement ?
- Expliquez en deux phrases la différence entre représentation et tromperie.
📌 Trace écrite
Vivre sans aucune forme de faux paraît difficile si l’on appelle « faux » toute représentation qui n’est pas identique au réel. La vie sociale repose sur des rôles, notre identité se construit aussi dans le regard des autres, notre mémoire organise notre passé et les univers numériques permettent de nouvelles représentations de soi. Le problème n’est donc pas nécessairement la fabrication d’une représentation, mais la manière dont celle-ci est présentée. La tromperie commence lorsqu’une construction dissimule son statut afin d’être prise pour la réalité.
🎥 Voir la vidéo — Le vrai du faux, épisode 5
Peut-on vivre sans faux ?
Rôles sociaux, identité, souvenirs, avatars et représentations : retrouvez les notions essentielles de l’article dans la vidéo du Micro de Samuel.
Voir l’épisode 5 sur YouTube →
🎥 Dans la série « Le vrai du faux »
Épisode 1 — Comment savoir si quelque chose est vrai ?
Épisode 2 — Pourquoi le faux peut-il nous convaincre ?
Épisode 3 — Le faux peut-il dire la vérité ?
Épisode 4 — Pourquoi fabriquons-nous du faux ?
Épisode 5 — Peut-on vivre sans faux ?
📝 Méthodes BTS sur Cas de Classe
👉 Comment répondre aux questions sur un corpus ?
👉 Comment construire un essai argumenté ?
📚 Sources universitaires et institutionnelles
Ministère de l’Enseignement supérieur / Bulletin officiel, thème de Culture générale et expression pour la session BTS 2027 : Le vrai du faux.
Erving Goffman, The Presentation of Self in Everyday Life, 1956 ; traduction française : La Mise en scène de la vie quotidienne. 1. La Présentation de soi, Éditions de Minuit, 1973.
Liliann Manning, Le self. Normalité et pathologie, Armand Colin, 2016, chap. 4 : « Sens du self et mémoire de soi ».
Vasudha Vasudha et Shalini Choudhary, « Virtual reality and embodiment: rethinking self-construction and identity in therapeutic contexts », Frontiers in Virtual Reality, 2026.
Références culturelles
Luigi Pirandello, Uno, nessuno e centomila, 1926.
Peter Weir, The Truman Show, 1998.
Jean Baudrillard, Simulacres et Simulation, 1981.
Cas de Classe — Comprendre, mémoriser, argumenter.
